Le Vieux-Québec, «made in China»

Le Vieux-Québec, «made in China»

20 novembre 2017 | Marie-Michèle Sioui à QuébecVille de Québec

Un verre de cidre de glace, le Château Frontenac et la vue sur… la mer de Chine. Voilà qui devrait être possible en 2022, dans la ville de Qidong, où un groupe d’investisseurs chinois s’attelle à recréer le Vieux-Québec à une centaine de kilomètres de Shanghai.

Seize ans après l’échec du projet de banlieues thématiques One City, Nine Towns piloté par la Ville de Shanghai, la compagnie JC Group se lance dans le projet Art City of Ocean Culture Lvsi-Québec, du nom du secteur où la ville sera installée.

Réplique du Château Frontenac, sirop d’érable, mais aussi salle de spectacle, école internationale, hôtel cinq étoiles, parc thématique et résidences privées doivent se côtoyer dans un espace de 3 km2 voué à célébrer la culture du Québec.

Même le Cap-Diamant fait partie de la réflexion. « Nous avons proposé de mettre tous les services et stationnements sous la terre et de les recouvrir de terre pour créer la topographie emblématique de Québec, avec l’hôtel principal, le Château [Frontenac] », explique Vincent Asselin. Ce Québécois, président de la firme d’urbanisme Waa international, a été mandaté par JC Group en mai afin de préparer un premier plan conceptuel d’aménagement pour le projet, qui s’appelait alors Québec City of Arts.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement local, qui devra choisir, « d’ici cinq à six semaines », la firme qui élaborera le concept final du projet, produit en partenariat public-privé. « À notre connaissance, nous sommes les seuls Canadiens invités pour cette seconde ronde », dit Vincent Asselin.

L’entrepreneur québécois n’est pas la seule personnalité d’ici à être bien au fait du dossier. Le représentant du Québec en Chine Jean-François Lépine, qui voit dans ce projet un moyen « d’ouvrir des portes à des entreprises québécoises », était présent à l’inauguration de la ville d’inspiration québécoise, à la fin de l’été.

Une ville fantôme ?

Depuis, les pelles mécaniques se sont activées. La première phase de construction, pour les édifices commerciaux et les routes, est terminée, confirme au Devoir la cofondatrice de JC Group et présidente de JC Group Canada, Alexandra Jin. L’ouverture au public est prévue pour le mois de juin 2018, ajoute-t-elle. Le projet devrait être entièrement bouclé en trois à cinq ans, permettre d’employer 30 000 personnes et attirer huit millions de visiteurs par année, prévoit la femme d’affaires chinoise, désormais installée à Montréal.

Pour agrémenter l’expérience québécoise en Chine, JC Group mise sur l’arrivée d’un train rapide qui doit assurer la liaison Shanghai-Qidong (la ville où se trouve Lvsi) « en moins d’une heure » à partir de 2021, souligne Alexandra Jin.

Les Chinois n’en sont pas à leurs premières expériences dans la reconstitution de villes du monde, qui visent à loger et à divertir la classe moyenne grandissante. Sauf que la plupart des tentatives — aussi grandioses étaient-elles — se sont soldées par des échecs retentissants. Les neuf banlieues shanghaïennes du projet One City, Nine Towns font le plus souvent les manchettes parce qu’elles sont complètement désertes. La crise financière de 2008 et l’agressivité du marché spéculatif ont eu raison des pubs britanniques et des gondoles vénitiennes de ces banlieues, qui n’attirent désormais que les photographes de mariages.

Lieu de consommation

Dans l’espoir de ne pas conduire l’Art City of Ocean Culture au même échec que la Maple Town canadienne — qui faisait partie du One City, Nine Towns, mais qui a finalement été abandonnée — JC Group mise sur un projet diversifié. « L’immobilier ne représentera que 15 à 20 % du projet », prévoit Alexandra Jin.

La ville sera donc surtout un lieu de consommation de la culture québécoise. « Nous voulons promouvoir la marque du Québec pour que davantage de Chinois s’y intéressent, pour qu’ils sachent qu’il y a une culture francophone et pour y attirer davantage de touristes », dit-elle.

Jean-François Lépine rêve déjà de spectacles d’artistes québécois, et même de l’instauration de programmes universitaires chapeautés par l’Université Laval. « Aux compagnies au Québec, j’ai dit : intéressez-vous à ce projet-là, il y a peut-être des retombées pour vous », raconte-t-il au Devoir.

Par son entremise, la Ville de Québec a été mise dans le coup, sans qu’elle consente à un investissement dans le projet. « C’est flatteur », croit l’attaché de presse du maire Régis Labeaume, Paul-Christian Nolin. « Si c’est bien fait, ça peut avoir un impact et du rayonnement pour la ville, attirer l’attention sur l’original », ajoute-t-il, en donnant l’exemple d’une série coréenne tournée à Québec, et qui a fait exploser le tourisme en provenance de ce pays d’Asie. Le projet Art City of Ocean Culture est « avantageux », se réjouit-il, « parce qu’il ne coûte rien et peut rapporter ». Tant que JC Group trouve des curieux pour le visiter.

http://www.ledevoir.com/politique/ville-de-quebec/513408/le-vieux-quebec-made-in-china